Punk Forever, l’expo !
Par Martine Varago (Présidente de l’association AC/DC).

Longtemps, le mouvement Punk Rock a été attribué aux Britanniques. or, les groupes Punk Rock américains ont largement contribue à répandre leur style inattendu, provocateur, allant jusqu’à l’extrême décadence, balayant les Hippies et prônant des libertés d’expression tant sur les plans artistiques que dans les mœurs sociales.

En quoi le pouvoir de ces icônes Punk Rock nous fascine-t-il ?

Parce qu’ils sont dans le hors norme et l’animalité et qu’ils bousculent la conception classique et traditionnelle de la scène Rock musicale.

Dans un contexte politique fortement perturbé, l’Amérique traverse une série de mouvements sociaux dans les années soixante. En effet, des mouvements menés par les minorités ethniques telles que les Noirs américains, les Chicanos aspirent tous à obtenir davantage de droits civils, de liberté et à être mieux traités. Ou bien encore ce sont les Indiens qui demandent plus particulièrement la propriété de leurs terres natales. C’est d’ailleurs en 1964 que l’acte des droits civils sur les libertés est finalement voté sous la présidence du démocrate Lyndon Johnson (1963-1969). S’ensuivent de longues marches contre la guerre au Vietnam poursuivie par le président Richard Nixon.

C’est au cœur de cette société américaine des années 60-70, troublée par de puissants mouvements sociaux, que naissent des groupes provocateurs tels que Iggy Pop And The Stooges, le MC5 (l’un des premiers groupes à utiliser le terme « Motherfucker »), les Doors, les New York Dolls pour n’en citer que quelques-uns.

– Dans la provocation !

The Stooges, originaires du Michigan, sont considérés comme un groupe Protopunk, c’est à dire ayant influencé les groupes Punk Rock des années 70. Les Stooges composés du guitariste James Williamson, du bassiste Ron Asheton, du batteur Scott Asheton et plus notoirement de leur Frontman Iggy Pop bouleversent la scène musicale Rock classique.

Iggy est avant tout un provocateur hors pair. Avant de devenir ce Frontman allumé, saviez-vous qu’il avait été batteur dans le groupe The Iguanas ? Par la suite, James Newell Osterberg choisit tout aussi bien son nom d’Iggy Pop que ses musiciens. Ils partagent la même vision que lui : créer des morceaux acérés, agressifs et répétitifs tels le bruit d’un rasoir électrique. Sur les planches, il se roule dans le beurre de cacahuète, n’hésite pas à baisser son pantalon pour montrer ses fesses. Rien ne l’arrête, tout se joue dans l’extrême, l’inhabituel ; il insulte son public, se jette dans la foule jusqu’à se blesser, voire saigner, et traduit des actes défiant la mort. Comme il le déclare lui-même dans une Interview :
« C’est uniquement dans ce monde, dans le monde de la musique, que je peux réaliser quelque chose qui mérite la peine d’être vécu dans ma vie ».

The Stooges sortent leur premier album en 1969, produit par John Cale la même année, puis Funhouse en 1970.

Bien que ces deux albums ne connaissent pas un grand succès, ils deviennent deux classiques du genre et sont considérés comme les pionniers de l’ère Punk Rock.

D’ailleurs, c’est lors de l’un de leurs concerts que Johnny Rotten, chanteur des Sex Pistols, va s’inspirer de l’iguane Iggy, de son attitude provocatrice et du célèbre «No Future». Puis, plus tard, au cours des années 90, The Stooges ont eu d’autres disciples tels que les groupes Mudhoney, Soundgarden, Nirvana… Parallèlement, Slayer, Duran Duran, Guns N’Roses, R.E.M pour n’en citer que quelques-uns reprennent des morceaux des Stooges.

Et pour couronner le tout, Iggy Pop termine son dernier disque Free, sorti en 2019 récitant trois poèmes. L’un d’eux fait partie d’un recueil de textes inédits de Lou Reed, publié au printemps dernier et intitulé We Are The People. Au début des années 1970, Lou Reed écrit ceci :

« Nous sommes de ceux qui ne savent pas mourir en paix. Nous sommes de ceux qui imaginent leur propre destruction et la mènent à bien dans les règles de l’ART. »

– On continue dans la provocation avec les New York Dolls !

Au début des années 1970, les New York Dolls expriment un Rock provocateur mais ne se prennent pas au sérieux. Tous les membres d’origine du groupe, à savoir les guitaristes Johnny Thunders et Rick Rivets, le bassiste Arthur Kane et le batteur Billy Murcia ont joué dans d’autres groupes avant de former les New York Dolls et d’être rejoints par le chanteur David Johansen.

Puis, le groupe débarque pour la première fois en Angleterre en 1972. Le batteur, décédé suite à overdose d’alcool et de drogues, est remplacé par Jerry Nolan. Ils signent un contrat via Mercury qui produit leurs deux premiers LPs en 1973 puis en 1974, peu couronnés de succès. Lâchés par Mercury, c’est Malcom McLaren, Manager des Sex Pistols, qui les prend en main. Malheureusement, Nolan et Thunders quittent le groupe en 1975.

Tous les deux forment, par la suite, le groupe The Heartbreakers avec le bassiste Richard Hell (ex-Television)
Loin des solos interminables et ennuyeux, les New York Dolls se permettent de s’amuser dans les concerts. Ils assument même une forme d’amateurisme et privilégient le plaisir de la musique. « Je pense que notre influence sur le Punk Rock, c’est qu’on a montré que n’importe qui pouvait le faire ! », souligne David Johansen. De plus, ils vont même aller jusqu’à exhiber un drapeau rouge avec les symboles communistes – marteau et faucille – pour provoquer la colère des américains, anti-communistes à cette époque-là. Ils créent le style Punk Rock avant même que ce terme n’existe, construisant un Rock ’n’ Roll basé à la fois sur le bruit anarchique et le côté Glam de David Bowie. Leurs morceaux sonnent comme une nouvelle sorte de Hard Rock qui laisse penser au Punk Rock et au Glam Metal.

– Dans l’arrogance !

The Ramones
, reconnu comme étant le premier véritable groupe Punk Rock du monde entier, crée un style bien à eux avec des morceaux de deux minutes, quatre accords, quelques riffs très Speed. Ils jouent à leurs débuts, en 1974, au fond de garages dans le Queens (NY, USA), puis dans des concerts devant une douzaine de personnes seulement. Johnny Ramone, le plus perfectionniste de tous, a créé son propre style à la guitare : jouer très vite, avec précision et sonner juste. Dee Dee, le bassiste, est aussi compositeur et lance les morceaux sur scène en hurlant le tempo à la folie : « One Two Three Four ! » Entre les deux se tient droit comme un i, les jambes écartées à plus de 90 degrés, le chanteur Joey, les yeux toujours cachés par de petites lunettes noires et une frange épaisse bien trop longue. Comme le souligne Tommy, leur premier batteur :

« Nous étions si différents, tellement uniques, que si nous devenions importants, l’industrie entière changerait ! Personne n’avait joué comme ça auparavant et cela a commencé à créer une véritable fascination ! »

Des personnalités à la fois très simples mais prétentieuses, des musiciens méchants mais remplis de joie de vivre, les quatre Ramones se considèrent comme intouchables. Eux-mêmes reconnaissent avoir été influencés par des groupes comme les New York Dolls et le roi du Rock ‘n’ Roll, Elvis Presley.

Ce qui marque également leur identité, c’est qu’ils sont de faux frères, mais de vrais Punks, habillés de jeans troués, de Baskets blanches, de Perfectos en cuir noir et coiffés de coupes au bol avec cheveux bruns mi-longs. De par leur originalité, leur énergie et leurs compositions courtes, jouées vite et entrecoupées du célèbre « One Two Three Four ! », les quatre Ramones ont créé un style unique, 100% Punk et ont judicieusement réorienté le Rock ‘n’ Roll. Partis de rien avec peu de moyens, peu aimés du public américain, ils deviennent de véritables musiciens professionnels, créatifs. Le lancement de leur tempo a été repris grâce au public anglais. Le groupe britannique féminin The Slits et certaines mimiques de Dee Dee sur scène ont été reprises par Sid Vicious. En concert, ils sont pleins d’arrogance. Finalement, ils ont codifié leur Rock, influençant plus tard des groupes comme Nirvana, The Misfits, Metallica ou Green Day. Mais surtout leur nouveau genre de musique a donné naissance à d’autres vagues musicales : New Wave, Punk Rock, Rock Alternatif. Pourtant, comme l’indique la photographe du groupe, Roberta Bailey, dans son Interview Exclusive :
« Les Ramones se considéraient comme un groupe de Rock. C’est la presse qui les a qualifiés de Punk. Tous les groupes qui jouaient en 76 au CBGB (club New Yorkais) ont été étiquetés de Punk. Puis en 77, le Punk a fait une percée en Angleterre et tout le monde voulait avoir l’étiquette Punk car c’était très populaire. »

Bien que leurs albums soient nombreux, depuis leur premier sorti en 1976 puis Rocket To Russia (1977) en passant par End Of The Century (1980), jusqu’à We’re Outta Here! (1995), aucun ne sortira disque d’or. Cependant, aujourd’hui, ces faux frères Ramones reposent en paix et Labels indépendants et majors continuent de sortir des Live et des compilations. De plus, des musées, des statues et des rues continuent d’honorer leur mémoire et de consacrer quelques espaces à leur existence. Et leurs fans continuent de porter des T-Shirts à l’effigie présidentielle noire.

Jello Biafra And The Dead Kennedys, Punk Hardcore de San Francisco.

Le groupe se forme suite à une petite annonce rédigée par le guitariste East Bay Ray de San Francisco à laquelle Jello Biafra, le chanteur, donne suite. Le duo est bientôt rejoint par les autres musiciens, à savoir le batteur Ted, remplacé plus tard par D.H. Peligro et le bassiste Klaus Flouride. En 1979, sous la présidence du républicain Jimmy Carter, Jello Biafra se déclare candidat au poste de Maire de San Francisco. Sa candidature, qui ressemble au départ à une plaisanterie, est finalement prise au sérieux par un nombre non négligeable d’électeurs, puisque Biafra termine quatrième sur dix candidats. La même année, les Dead Kennedys forment leur propre Label – Alternative Tentacles – qui publiera la plupart des disques du groupe. Les premiers Singles suivent : « California Über Alles » sorti en 1979 – une charge violente contre Jerry Brown, alors gouverneur de Californie – « Holiday In Cambodia » en 1980, « Kill The Poor » et « Too Drunk To Fuck ». Leur premier album Fresh Fruit For Rotting Vegetables paraît en 1981, l’année de l’élection de Ronald Reagan.

En novembre 1985, la sortie de l’album Frankenschrist déclenche un scandale : à l’intérieur de l’album figure une reproduction sous forme de poster d’une œuvre du peintre suisse HR Giger intitulée Landscape XX (connue également sous le titre de Penis Landscape), ce qui vaut au groupe un procès pour pornographie et une descente de police qui laisse l’appartement de Jello Biafra dans un piteux état. L’affaire se termina d’ailleurs par un non-lieu après plusieurs mois de procédure.

Après la parution de la compilation Give Me Convenience Or Give Me Death, le groupe se sépare. Une reformation du groupe a eu lieu vers 2002, essentiellement motivée par des intérêts commerciaux, mais Biafra ainsi qu’Alternative Tentacles sont en procès contre ce groupe qui n’a des Dead Kennedys que le nom. Ils constituent l’un des groupes pionniers de Punk Hardcore qui auront un impressionnant impact.

Leurs paroles sont une satyre des hommes politiques de l’époque et, durant toute leur carrière musicale, ils deviennent un groupe très controversé tant pour leurs textes paroliers que pour leur travail indépendant et artistique. Les années Reaganiennes ont connu une explosion de groupes Punk Hardcore : Black Flag, D.O.A., MDC… Style généreusement repris par de nombreux groupes actuels à travers le monde entier.

Parfois même, un autre genre, le Rap en l’occurrence, vient s’y greffer comme le fait le trio Ho99o9 (prononcé Horror). Jello Biaffra Slammant sur « California Über Alles » a largement contribué à répandre le Slam dans les concerts actuels que ce soit avec les groupes français Shaka Ponk, Rise Of The Northstar, ou américains comme Rage Against The Machine, Rise Against, Offspring, Propagandhi, Green Day pour n’en citer que quelques-uns.

Enfin, si vous souhaitez retrouver Jello Biafra dans son concert du 21 octobre 1981 aux Bains Douches, allez écouter « Chemical Warfare » sur Youtube, retrouver ce sacré Frontman, théâtralisant ses chansons, et Pogoter avec lui.

Comme Jello Biafra le reconnaît lui-même : « Des années après la fin des Dead Kennedys, je me suis rendu compte que mon attitude théâtrale sur scène, notre sens de l’humour démesuré, avaient joué un rôle important dans mon style. »

– Enfin dans le scandale !

Wendy O. Williams And The Plasmatics, New York City.
The Plasmatics est un groupe de Punk Rock / Heavy Metal (ou Crossover Punk) originaire de New York, formé en 1977 par des diplômés de l’Université YALE, Rod Swenson et Wendy O. Williams. Menés par la chanteuse très sexy Wendy, les Plasmatics sont connus pour leurs concerts sauvages et provocateurs qui brisent tous les tabous de la culture populaire américaine.

Sur scène, il est fréquent de les voir découper des guitares à la tronçonneuse, faire exploser des amplis, massacrer des télévisions à coup de masse, voire faire sauter des voitures. Le groupe est connu pour ses Shows théâtralisés semant une discorde et un chaos époustouflant. Vous vous délecterez de visionner leurs vidéos sur YouTube telles que : « Butcher Baby » ou « Put Your Love In Me». Vous comprendrez mieux pourquoi la sulfureuse Wendy O. Williams au Look atypique – crête iroquoise, pinces à linge plantées au bout des seins et Look bondage – a été arrêtée à de multiples reprises pour indécence sur la voie publique !

Les Plasmatics ont créé le Crossover Punk, le Hardcore, styles qui sont encore bien repris par des groupes actuels. La chanteuse Wendy, très sexy, au Look Bondage, a certainement influencé la célèbre Madonna. Il suffit de regarder la vidéo du morceau « Butcher Baby » pour s’en convaincre.

En outre, le célèbre musicien multi-instrumentiste Jean Beauvoir a également joué avec eux. Finalement, il est le seul sorti du lot Punk Rock américain des années 70, à avoir sorti un méga tube « Feel The Heat », placé n° 73 du Billboard Hot 100 en 1986. Cette chanson est choisie lors d’une session d’édition vidéo aux studios Warner Brothers de Los Angeles par Sylvester Stallone pour son film Cobra. Depuis 1987, Jean Beauvoir a fait partie de plusieurs groupes aux styles musicaux variés, mais il a toujours gardé sa coupe Mohican blonde. Cette deuxième vague Punk Rock devenue Hardcore (1980-86) est retracée dans le film documentaire American Hardcore avec notamment Black Flag, Circle Jerks et Agnostic Front.

Issus de milieux instables ou pauvres pour la plupart d’entre eux, ces Punks Rockers sont de véritables rebelles en colère qui ont eu des idées et su créer leur propre style. Tout comme Internet est devenu aujourd’hui un outil puissant de communication, les groupes Punks ont développé, au début des années 80, la distribution par les Labels indépendants et la création de fanzines.

D’un point de vue musical, le Punk Rock a évolué vers le Punk Hardcore, le Thrash, le Death Metal, le Punk Folk, voire le Hip Hop Punk Hardcore comme Ho99o9-404.

Aujourd’hui, d’innombrables groupes comme Green Day, Rancid, Suicidal Tendencies, Slayer, Megadeth, Metallica, etc., perdurent. De nombreux festivals dans le monde entier continuent de nous faire découvrir de multiples groupes Punk, Hardcore, Metal, Thrash… Loin de penser comme les Major compagnies que le Punk était fini dans les années 80, les musiciens sont toujours présents et parviennent à réunir toutes les générations dans leurs concerts.

Et tout ce que l’on ne peut expliquer reste magique !