Thin Lizzy :

The Boys Are Back In TownLive At Sydney Opera House, October 1978.

Chronique par : Phil Lizzy


Ce Live-là, bon nombre d’Addicts Lizziens l’espéraient réédité dans une version digne de ce nom. On avait eu en guise d’hors d’œuvre une VHS et un CD (réédité de multiples fois), tous deux disposant d’un son et d’une image indignes d’un groupe comme Thin Lizzy. Frustration donc vite dissipée par l’annonce quelques mois plus tôt de la parution de ce concert accompagné du documentaire Songs For While I’m Away diffusé uniquement sur le territoire du Royaume-Uni.

Commençons donc par le contenu de ce Live augmenté des 5 titres manquants. Déjà le décor : l’Opéra de Sydney et son imposante structure visibles ici sur la Cover du superbe Digipack donnent à ce concert une dimension incomparable. Grandeur et majesté sont les mots qui viennent immédiatement à l’esprit.

Il faut également savoir qu’à l’époque, le groupe était en pleine promotion du double Live : ‘’Live And Dangerous’’ qui, dès la 1ère semaine de sa sortie (2 juin 1978, j’aurais préféré le 1er… Lol) s’était hissé à la 2ème place des Charts UK juste derrière la BO de Grease. Après avoir écumé par conséquent les grandes salles américaines en 1ère partie des légendes locales que sont Kansas et Styx, Lizzy (sans Brian Downey souffrant, resté en Irlande afin de s’occuper de son fils également malade) avait opté pour une tournée australienne qui passait par Brisbane, Newcastle, Melbourne et Sydney. Cet ultime concert, retransmis par la chaîne australienne Channel 7, se tint donc face, paraît-il, à un public estimé entre 300000 et 1000000 de personnes (ça me paraît énorme…) dans le cadre majestueux de l’illustre monument cité plus haut.

Pour combler la défection de Downey, le choix de Lynott se porta finalement sur Mark Nauseef (ex-Ian Gillan Band), un batteur hautement talentueux et non sur Terry Bozzio qui fut approché et qui, selon Lynott, n’utilisait pas suffisamment de « Fuck » dans ses propos. Par ailleurs musicalement après audition, le courant ne passa pas.

Ça démarre donc sur une sirène de police préfigurant un ‘’Jailbreak’’ particulièrement calibré, enchaîné sans temps mort à un ‘’Bad Reputation’’ particulièrement enlevé. Et c’est là que l’on découvre un Mark Nauseef arborant un Tee-Shirt estampillé « Live And Dangerous » qui, via une prestation particulièrement convaincante, s’est parfaitement intégré sans difficultés au sein du groupe. Gary Moore, l’éternel revenant, lui aussi remonté comme une horloge suisse, s’acquitte de riffs et soli incisifs et rapides si typiques de sa part. On le connaît, le Gary, il n’a jamais fait dans la demi-mesure. Scott Gorham quant à lui, mise sur l’élégance (son apparence est tout bonnement magnifique avec sa longue crinière) et la subtilité en termes de jeu qui lui sont coutumiers, deux éléments également essentiels dans la combinaison Lizzienne. Lynott, lui, c’est LE Showman à l’état pur : il harangue régulièrement le public, chante bien, et occupe toute basse devant et poing rageur à l’avant-scène.

Le 2ème DVD présente le concert tel qu’on le connaissait jusqu’ici, les titres bonus seuls puis le concert dans son intégralité. Ce qui s’avère frappant réside dans la puissance du son. Habitués jusqu’ici à un son plus que brouillon proposé par les précédentes éditions, on se rend compte que le travail de restauration sur le son a été effectué avec une précision chirurgicale. Ce n’est pas parfait parfait certes mais cela reste très correct.

En revanche, ce n’est pas le cas pour ce qui concerne l’image sur les 5 morceaux manquants que sont ‘’Warriors’’, ‘’Don’t Believe A Word’’, ‘’Still In Love With You’’, ‘’Johnny The Fox Meets Jimmy The Weed’’ et ‘’Suicide’’, nous émettrons quelques réserves à propos de ce reflet jaune qui vient la flouter (l’image) de façon assez désagréable. Dommage par conséquent que cette restauration n’ait été plus aboutie.

Restaurer un tel document s’avérait manifestement ardu mais ne boudons pas cependant pas notre plaisir à l’écoute de ‘’Don’t Believe A Word’’ délivré ici dans une version ultra-rapide où le groupe est « en feu » et ce, sous l’impulsion d’un Mark Nauseef et d’un Gary Moore tous deux déchaînés comme de beaux diables et ce, sous les yeux d’un public souriant et bon enfant qui, de surcroît, s’éclate comme un seul homme. On calme le jeu avec un titre que personne ne connaît à l’époque à savoir ‘’Waiting For An Alibi’’ puisqu’il figurera en tant que Single sur l’album suivant ‘’Black Rose’’ qui sortira le 13 avril 1979 et la magnifique ballade ‘’Still In Love With You’’ sur laquelle le Moore se fend d’un solo explosif, se vengeant peut-être ainsi d’un Lynott qui n’a jamais voulu le créditer sur l’album ‘’Nightlife’’. Seul, Lynott est crédité. De plus, Brian Robertson dit « Robbo » n’a jamais voulu ré-enregistrer le solo de Moore, estimant qu’il n’y avait rien à y corriger.

‘’Johnny The Fox Meets Jimmy The Weed’’ nous rappelle à notre bon souvenir que le Gang savait mêler Groove et riffs dévastateurs. ‘’Cowboy Song’’ et le Hit ‘’The Boys Are Back In Town’’ remportent toujours un franc succès auprès du public. Lynott le sait et donc en profite pour proposer des versions étoffées. Les quatre derniers titres, ‘’Suicide’’, ‘’Are You Ready’’ (avec un Moore en furie sur chacune de ses interventions et un Lynott très affûté sur sa basse), sont enchaînés à un ‘’Baby Drives Me Crazy’’ dont on connaît la trame (une opportunité rêvée pour faire intervenir le public) et l’expéditif ‘’Me And The Boys’’ en guise de rouleau compresseur, parachèvent un concert en tout point remarquable. On l’attendait, on l’a eu via ce concert sublime en audio mais reconnaissons qu’en termes de vidéo (même si celle-ci a été « nettoyée »), l’accent, compte tenu des moyens technologiques dont on dispose aujourd’hui, aurait pu, dû (?), ceci dit, être porté sur une qualité d’image encore plus optimale.

Bon maintenant, qu’en est-il de ce documentaire intitulé ‘’Songs For While I’m Away’’ réalisé en 2020 par Emer Reynolds, documentaire diffusé dans la plupart des cinémas au Royaume Uni, une œuvre cinématographique qui, soit dit en passant, porte le nom d’un recueil de poèmes écrits par Phil Lynott, un recueil publié en 1971.

La réalisatrice irlandaise déclarait il y a peu vouloir mettre l’accent sur la véritable personnalité de l’homme en tant que père, fils, mari et icône du Rock via des témoignages de Stars comme Adam Clayton de U2, James Hetfield de Metallica qui, avoue spontanément que le côté obscur qu’il a en lui aujourd’hui, c’est Phil Lynott qui lui a transmis, Suzi Quatro, Eric Bell, Scott Gorham, Darren Wharton, Midge Ure qui assura notamment l’intérim entre Gary Moore et Snowy White en 1980, Huey Lewis qui a affirmé à de nombreuses reprises que le grand Phil avait été sa source d’inspiration et Brush Shiels son Spare Partner dans Skid Row qui lui enseigna la basse. Et puis, son ex-femme Caroline Taraskevics ainsi que ses deux filles, Sarah et Cathleen, éternellement reconnaissantes à l’égard de leur père lorsque ce dernier leur avait écrit et dédié deux chansons qui portaient leur nom. De fait, elles témoignent non sans émotion de l’amour qu’elles lui vouaient. Toutes trois reconnaissant également avec une larmichette qui semble poindre qu’il avait été un excellent père et ce, malgré ses dérives Addictives. Le tout est entrecoupé d’extraits de films de famille, de concerts et de clips vidéo. En guise de conclusion, je tenais à remercier et à féliciter Emer Reynolds pour avoir rendu hommage à cet artiste unique qui a laissé un grand vide dans le monde de la musique et qui manque encore beaucoup aujourd’hui.

 


Kdo + Vidéos :