Les choses sérieuses commencent !

Lundi soir, nous avons dîné entre Roses, le surnom de toutes les participantes, au Sheraton de Salta. Que c’était bon, un peu de confort et réconfort avant d’affronter dans les heures à venir la rigueur des somptueux paysages de l’Alplatino argentin. Nous avons été gâtées, même moi. Malgré l’excellence des viandes argentines, j’ai eu droit à mon repas spécial végétarien. Les organisateurs nous mettent vraiment dans les meilleures conditions. Si les paysages sont sublimes, ils ont plein de bien bonnes choses à proposer aux touristes. Étant dans mon Rallye et non une touriste lambda, je me suis promise de goûter un peu plus tard au vin argentin et pourquoi ne pas en ramener si j’en trouve du succulent, et s’il n’y aura pas de surpoids dans ma cantine au retour !

Ce mardi matin, nous voilà avec des yeux bien embrumés pour affronter une nouvelle journée riche en émotions. La nuit a été courte : levée à six heures après nous être couchées dans un bon lit à minuit. À peine le petit déjeuner avalé, nous voilà en route pour les dernières vérifications importantes avant le départ et surtout l’attribution de notre 4X4. Un moment crucial pour nous et pour notre sécurité.

Commençons par le début. Le premier point crucial de notre épopée : quel véhicule nous sera attribué ? Déjà le stress s’installe, j’espère que nous ne récupérerons pas une voiture que je ne sens pas. À la file indienne, nous défilons devant les organisateurs qui nous présentent un récipient avec toutes les clés. La pression monte. C’est au tour de l’équipage 34, le nôtre. Les yeux fermés, ma main innocente plongée dans le chapeau, je pioche le porte-clés numéro 17. Quel bonheur, c’est le trousseau d’une Chevrolet. Super, j’espérai vraiment une Toyota ou Chevrolet. Je suis sous ma bonne étoile ! D’autant que si on prend le nombre de filles dans chaque équipage, et que on le multiplie par le chiffre de notre clé, le 17, cela donne notre numéro de concurrentes, 34… Amusant, non ?


Notre clé du bonheur en poche, Clémentine et moi partons pour la signature du contrat de location. Maintenant, les choses sérieuses commencent. Nous effectuons les contrôles du véhicule avec le délégué argentin aux joues gorgées de feuille de coca qu’il mâchouille par habitude. Nous photographions tous les petits accros de la carrosserie du 4X4, il faut rester prudentes, il n’est pas question que l’on nous pénalise ou que l’on rembourse à la fin de la course pour des rayures quelconques que nous n’aurions pas effectuées. Ensuite, nous voilà parties, Clémentine et moi pour un exercice pratique avec un autre équipage. N’étant pas à l’abri d’un pépin, nous devons apprendre à sortir la roue de secours qui se trouve sous le 4×4. Et après avoir effectué ce test pratique, la complexité se révèle de taille, la roue de secours n’est pas si facile d’accès. Il faut donner de sa personne et ne pas avoir peur de se faufiler sous la voiture pour guider la tige de la manivelle à entrer dans le trou et dévisser la fixation qui maintient la roue de secours. Pas évident de trouver le trou… Nous repartons pour le test suivant et donc le second stand.


Nous, nous assurons du bon fonctionnement du système de géolocalisation et de la balise avec les deux boutons à ne pas confondre : le jaune qui actionne l’alerte technique et le rouge pour l’alerte médicale. Enfin, dernière obligation technique, il nous faut nous pencher sur le « Stickage » du véhicule. Après la séance de collage obligatoire, nous avons ajouté celui de notre Partenaire Média, TV Rock Live.


Désormais, « Notre » voiture vient de se métamorphoser en bolide de course ! Nous, nous sentons de plus en plus excitées et, avec ce véhicule, nous ressentons de manière exponentielle le bonheur de nous rapprocher de la ligne de départ.


Je prends de plus en plus conscience que notre rêve se trouve à quelques heures. Après quelques clichés pour notre partenaire média, TV Rock Live, nous voilà contraintes à jouer le jeu pour une rencontre avec les équipes Média de l’organisation. Nous allons nous soumettre à quelques photos. Encore. Il faut bien nourrir les autres médias pour faire connaître ce superbe Rallye… Et accessoirement nos propres albums photo familiaux.


Voilà, maintenant les aspects technique et Média réglés, il est temps de s’occuper de nous. Vient le moment des dernières vérifications d’usage : rendez-vous avec le Docteur de l’organisation afin de recevoir les conseils en prévention des risques liés à l’altitude. Nous l’écoutons attentivement. Il nous explique qu’il faut se méfier surtout de la déshydratation. Pour les autres risques, ce sont peu ou prou les mêmes que ceux que nous pouvions rencontrés sur les autres Rallyes que j’ai pu réaliser dans le passé. Pour ne pas se laisser surprendre dans les hauteurs en Argentine, il demeure nécessaire de savoir identifier les signaux liés au mal de l’altitude. Le corps humain s’avère notre premier indicateur, nous devons être très à l’écoute de notre corps et ne pas jouer avec. Nous allons franchir des pics pouvant atteindre près de 5000 mètres, il faut rester prudentes et savoir les reconnaître. L’objectif demeure principalement de réaliser une belle course sans se mettre en danger.

Enfin, même si notre participation à ce Rallye se révèle avant tout un défi personnel, nous n’en oublions surtout pas l’aspect humanitaire qui nous a conduit jusqu’en Argentine. Cette dimension caritative s’avère aussi primordiale pour Clémentine que pour moi. Nous rejoignons avec joie le stand de l’association « Les enfants du désert ». Clémentine et moi leur remettons les petits cadeaux et objets de première nécessité puis on nous rappelle les besoins des associations humanitaires que nous allons visiter et surtout aider tout au long du Rallye : un pensionnat et le centre d’équithérapie Del Azul. Ce moment de partage et d’humanité reste très émouvant pour nous. Je dirai même fondamental pour notre démarche de Roses. Le Rallye, sans cet aspect humain, je n’y adhérerai pas. Nous allons certes au bout de nous-mêmes à travers cette expérience toujours très intense, nous ne pouvons pas être égoïstes en traversant un pays et en occultant les rudes réalités que la population vit au quotidien. Ce serait pour moi inconcevable. Il nous faut être altruistes envers ces gens et apporter ce que nous pouvons à ceux qui nous ouvrent leur terre, leur cœur, leur quotidien… Aussi difficile soit-il !


Après ces échanges avec cette Association vient le moment le moins agréable pour moi : le ministre du Tourisme de la région de Salta et des personnalités politiques locales et des provinces avoisinantes se sont déplacés pour nous accueillir. Certes, cela passe par un bon sentiment même si je n’ai jamais été très politisée et que je me refuse d’être récupérée. Ils se sont déplacés pour confirmer le lancement officiel du Rallye avec leurs vœux de bienvenue et ceux de bonne chance. Agréable et flatteur, mais, je dois bien admettre, assez pompeux, moi qui ne parle pas bien l’espagnol. J’ai pu m’évader dans mes pensées à ce moment-là ! L’essentiel étant ailleurs que dans les discours politiques pour moi, j’ai en revanche fortement apprécié les moments qui ont suivi. Chacun ses priorités…


Les Roses, nous nous sommes toutes engagées dans ce projet pour des raisons différentes, mais nous partageons toutes cette passion du sport mécanique qui nous permet de nous mettre en situation de défi personnel. Une thérapie parfois. Mais, même si nous partageons les mêmes valeurs, nous ne nous connaissons pas finalement. Ou très peu. Alors, venant des quatre coins du monde, et créer une véritable cohésion de groupe de toutes les Roses, il s’avère utile de faire connaissance afin de mieux se soutenir en cas de problèmes. Quel meilleur moment pour le faire que sur cette estrade qui vient d’accueillir les politiciens argentins. Alors, chaque équipage monte tour à tour sur cette scène afin de se présenter. Certaines se lancent avec des trémolos dans la voix, d’autres avec des larmes… Les histoires si diverses nous touchent. Le moment s’avère véritablement poignant. Des binômes composés de sœurs, de mères et filles, tantes et nièces, d’amies, de collègues de travail… Toutes venues pour des raisons personnelles très fortes. Après des coups très durs de la vie, après une remontée fragile suite à un décès d’un proche, ou à une envie tout simplement de se retrouver face à soi même… Autant de réalités personnelles qui donnent à ce Rallye une dimension extraordinaire. Les équipages se révèlent aussi attendrissant les uns que les autres dans leur démarche personnelle. À notre tour de nous présenter. Nous voilà sur cette même estrade, portant fièrement nos Tee Shirts TV Rock Live. Nous expliquons que nous sommes des amies originaires de Montpellier et Paris ayant déjà couru des rallyes, et confions les raisons qui nous ont poussées à nous engager dans une telle expérience : vivre des émotions fortes, à travers les étapes du Rallye pour nous pousser au plus loin de nous-mêmes et à apporter des actions de solidarités aux différentes associations que nous soutenons. Sans perdre de temps, nous laissons la place à l’équipage suivant.

Nous poursuivons avec quelques « Empanadas » pour nous réunir toutes ensemble aux côtés des organisateurs. Ce moment d’unification pour resserrer encore davantage les liens entre nous… Mais, alors que nous pensions que tout était fini, nous reprenons les hostilités préparatoires avec un dernier cours, celui sur le maniement des outils de navigation. Enfin, voilà l’ultime moment que nous attendions. Celui qui officialise le vrai départ de l’épreuve : la remise de notre premier « Roadbook ». Il concerne l’étape de liaison du lendemain et de la première étape de 303 km de course qui nous conduira à Cafayate, à 3300 mètres d’altitude. Nous commençons la montée. Enfin, après cette dernière obligation, la journée s’achève. Nous y avons cru. Au moment de rejoindre l’hôtel pour finir la journée au repos, appeler mon chéri, manger avec les Roses, nous vivons notre première sueur froide…

La course n’a pas encore débuté que nous voilà face à notre premier problème technique. La vitre électrique conductrice, s’il y en a une qui doit fonctionner correctement, c’est bien celle-là, ne s’ouvre pas… Galère, nous allons perdre du temps pour la réparation. Mais patience…, notre mécano spécial « Coca Cola » se révélant très efficace, il nous remet tout ça en place très vite… Heureusement ! Ultime corvée avant la ligne de départ, le plein de gasoil et d’eau à effectuer pour passer sans stress notre dernière nuit au chaud et à profiter des derniers instants pour moi que je décide de passer un peu plus tard avec mon chéri.

Après cette journée fastidieuse, le retour à l’hôtel se trouve enfin programmé. Clémentine et moi sommes claquées, mais pressées d’être à demain sur la ligne de départ. Nous tentons de ne pas nous coucher trop tard, car l’heure du rassemblement sur la ligne de départ se trouve fixée à 7 heures 30. L’excitation s’avère de plus en plus forte et je la partage avant le dîner avec mon chéri via une communication vidéo WhatsApp. J’aime être à son contact, car il me donne davantage de force et de courage pour affronter notre première « Spéciale ». Une première que je lui dédie pour tout ce qu’il est et ce qu’il m’apporte… D’ici là, pour tous les autres, je vous dis à bientôt pour la suite… Et portez-vous tous bien !
Texte : Christine Sentenac (co-écrit avec Carlos Sancho), Images : Christine Sentenac et libre de droits. Coordination : Carlos Sancho