
Ron Wood @ Paris l’Olympia,
le 5 septembre 2026.
Live Report & images :
Olivier Carle
Ce soir je vais enfin voir un des héros de ma jeunesse en solo sur scène : Ron Wood. J’avais découvert les Stones quelques années avant l’arrivée de celui-ci au sein du groupe britannique puisque c’est avec le Live « Get Yer Ya-Ya’s Out !» qu’on m’avait offert pour mes 12 ans que j’ai fait leur connaissance. Je me suis rué ensuite dès leur sortie sur « Sticky Fingers », « Goats Head Soup » et « It’s Only Rock ‘n’ Roll », passant bizarrement à l’époque à côté de « Exile On Main Street » mais je me suis rattrapé par la suite. Et puis il y a eu « Black And Blue » en avril 1976 et la diffusion du concert des Abattoirs dans l’émission Juke-Box de Freddy Hausser en décembre de la même année et là ce fut pour moi une révélation. Je n’avais pas jusque là, à tort, prêté une attention particulière au « second » guitariste qu’était Mick Taylor car j’étais concentré sur les Glimmer Twins Jagger et Richards. Mais en voyant Ron Wood avec eux pour ces premiers concerts à Paris, j’ai pris conscience de l’importance des autres musiciens du groupe. « Black And Blue » est devenu mon disque de chevet et il reste jusqu’à aujourd’hui mon album préféré des Stones en grande partie du fait de la présence de Ronnie mais aussi de Billy Preston et d’Ollie Brown qui apportaient une dimension beaucoup plus Funky voire même Reggae au groupe. Le « Love You Live » sorti l’année suivante, je l’ai usé sur ma platine et je pense qu’il reste à ce jour mon Live préféré des RS, à égalité avec « Get Yer … ». J’ai suivi par la suite de très près la carrière solo de Ronnie notamment les excellents « Gimme Some Neck », « Slide On This » et « Slide On Live » que j’écoute encore très souvent. Je l’ai vu plusieurs fois avec ses camarades sur scène en particulier en 1982 à Auteuil pour la tournée « Tattoo You », puis en 1990 au Vélodrome de Marseille pour le « Urban Jungle » Tour, en 1995 à Longchamp pour « Voodoo Lounge » et enfin en 1998 pour « Bridges To Babylon ». Passé l’an 2000 j’ai perdu tout intérêt pour la carrière des Anglais et le décès de Charlie en 2021 a signifié pour moi la fin du groupe dont je ne comprends toujours pas l’acharnement à continuer, surtout pour sortir des albums aussi dispensables que les 2 derniers.
Cette venue de Mr Wood était donc l’occasion rêvée pour moi de réécouter quelques titres des Stones en Live en 2026, de me familiariser avec sa période Faces que j’avoue ne pas bien connaître et d’avoir droit à quelques pépites de sa carrière solo. Mais découvrons d’abord son groupe, le AMMO Band, qui l’accompagne sur ce « Fearless » Tour, du nom de l’anthologie de ses 60 ans de carrière sortie il y a peu.

Je reconnais Andy Newmark à la batterie qui a joué avec la terre entière depuis le début des années 70 et en particulier avec les mythiques Sly & The Family Stone, excusez du peu ! Avec un pedigree équivalent il y a Willie Weeks à la basse qui a commencé, lui, dans les années 60 et a joué sur les tout premiers albums solo de Ronnie. Il y a aussi Johnny Lee Schell aux guitares, discret mais néanmoins important pour la cohésion du combo. Et puis Andy Wallace aux claviers qu’on a pu voir aux côtés de Roger Waters ou de Robbie Williams. Aux chœurs et parfois au chant principal Ronnie a choisi Imelda May et Chanel Haynes. La première a une carrière solo relativement conséquente et elle a côtoyé Jeff Beck. La seconde est la nouvelle choriste des Stones, elle remplace Lisa Fischer, et a joué le rôle de Tina Turner dans la comédie musicale qui lui est dédiée en Angleterre. Autant dire qu’au niveau des performances vocales on va être servis. En fait il faut bien reconnaître que la pauvre Imelda a eu un peu de mal à trouver sa place face à la bouillonnante Chanel qui possède une voix puissante et gorgée de Soul, danse et bouge comme Tina et de ce fait attire tous les regards. La compétition entre les 2 choristes a de ce fait vite tourné à l’avantage de Miss Haynes…

Concernant le reste du groupe, je pense que même si le fait de prendre des musiciens aguerris pouvait paraître sur le papier une bonne idée, Ronnie aurait mieux fait de recruter des plus jeunes, histoire d’être challengé et de proposer un Set un peu moins « pépère » et convenu. On sentait bien qu’Andy par exemple adoptait un tempo volontairement ralenti pour ne pas mettre le Boss en difficulté. C’était particulièrement flagrant sur « It’s Only Rock ‘n’ Roll » qui ouvrait les hostilités et qui m’a fait très peur quant à la suite des festivités tant on était en dessous du tempo de la version habituelle des Stones. Bien aimé la version de « Hey Negrita » de mon album préféré même si ça partait parfois un peu dans tous les sens. Même constat pour « Can You Hear Me Knocking » que Ronnie a quelque peu déstructuré. Bonne interprétation par contre du « Honky Tonk Women » version Country qui se trouvait sur « Let It Bleed » (« Country Honk ») avec une violoniste qui ne viendra sur scène que pour ce morceau.

C’est tout pour les Stones, je m’attendais à une offre un tantinet plus conséquente. Passons maintenant au répertoire des Faces. Ronnie va nous proposer un sublime et poignant « Flying », une sympathique version de « Ooh La La » très appréciée par les fans ainsi qu’un bien Rock ‘n’ Roll « Around The Plynth » qui générera pas mal de Stress à Andy qui aura du mal à suivre les circonvolutions du Boss et bien sûr le très attendu « Stay With Me » pour clôturer le Set. Puisqu’on parle des Faces on aura aussi droit à un très bon « Gasoline Alley » qu’il avait écrite avec son vieux copain Rod Stewart pour l’album du même nom de 1970. Le reste de la Setlist sera pioché dans ses albums solo comme le tout premier « I’ve Got My Own Album To Do » de 1974 avec les cultissimes « Am I Grooving You » et « Mystifies Me ». Toujours un vrai plaisir de réentendre le « Seven Days » de Bob Dylan issu de l’album « Gimme Some Neck » de 1979 d’autant que le timbre de voix de Mr Wood est si proche de celui de Mr Zimmerman que c’en est troublant ! Mon album solo préféré de Ronnie, « Slide On This » sera représenté par le vigoureux « Show Me » avec les choristes qui se déchaînent. Autre grand moment, la reprise du « Spoonful » de Willie Dixon qu’on pouvait trouver sur le dernier album studio de Ron « I Feel Like Playing » de 2010. Chanel nous ravira avec l’incontournable reprise de Tina « River Deep, Mountain High » et elle sera rejointe par Imelda pour un « Chain Of Fools » d’anthologie.

2 heures de concert et 22 titres sans entracte ! Pas mal pour un presque octogénaire. Alors oui tout n’était pas parfait, loin de là, mais c’est un vrai plaisir de voir Ron en solo sur une scène aussi prestigieuse d’autant que c’est la première fois à ma connaissance qu’il vient en France sous son propre nom ! Il nous a dit qu’il reviendrait mais je ne suis pas sûr qu’il puisse tenir promesse car on voit bien qu’il est très fatigué. Et si c’est avec ses camarades de jeu habituels, ce sera une fois de plus sans moi car « No Charlie, No Stones » est et restera ma devise !