Beat @ Paris, l’Olympia, le 10 juin 2026.
Live Report par : Olivier Carle
& images par :  David Poulin


Après The D.A .M. Trilogy l’année dernière au Casino De Paris qui reprenait le répertoire des années berlinoises de Bowie, c’est au tour de Beat  de revisiter la trilogie du King Crimson des années 80. Pour Bowie on retrouvait Carlos Alomar et George Murray qui étaient les membres survivants de l’époque. Pour Beat ce seront Adrian Belew et Tony Levin. A ce duo mythique s’ajouteront Steve Vai et Danny Carey. Ce Supergroupe s’est formé il y a 2 ans et a déjà à son actif une tournée américaine et un passage par le Japon. C’est maintenant au tour de l’Europe en ce mois de juin 2026…

L’allusion à Bowie n’est pas fortuite puisque c’est à ses côtés que j’ai découvert Adrian Belew lors de sa tournée « Isolar II » il y a 48 ans. Lui et Alomar tenaient les guitares à cette époque et j’avais été fort impressionné par ce duo et les sons divers et variés qu’Adrian extirpait de son instrument. Il avait joué auparavant avec Zappa et allait bientôt rejoindre Talking Heads, autre groupe que je vénérais à la fin des glorieuses 70’s et au-delà. C’est avec King Crimson que je l’ai revu, en tant que chanteur et guitariste, en 1981 à la Stadthalle de Cologne, aux côtés de Robert Fripp et de Bill Bruford (et de Tony) pour la tournée « Discipline ». Je garde de ce concert exceptionnel un souvenir inoubliable et je le classe dans mon Top 10 des années 80. Je le retrouverai en 1995, toujours avec KC, pour le « Thrak » Tour au Zénith de Paris, encore un très grand moment avec le « double trio » Fripp/Belew + Bruford/Mastelotto + Levin/Gunn. Puis ce sera en 2000, à l’Olympia, lors de la tournée « The ConstruKction Of Light », toujours avec Fripp bien sûr mais sans Bruford et Levin. J’avoue humblement ne pas avoir suivi de près la carrière solo de Mr Belew mais il semblerait qu’il s’y trouve des albums hautement recommandables.

Venons en maintenant à Tony Levin. Je l’ai donc vu 2 fois avec KC, en 1981 et en 1995, mais surtout maintes fois avec Peter Gabriel qu’il accompagne à la basse et au Chapman Stick depuis près de 50 ans. Grand musicien assurément qui a joué sur plus de 500 albums et assuré une quantité astronomique de performances Live. Il vient de fêter ses 80 printemps et est toujours aussi impressionnant.

La présence de Steve Vai peut elle paraître plus surprenante dans ce quatuor. Ce guitariste bien connu, notamment du public Hard & Heavy, remplace le grand Robert Fripp qui a mis fin à la carrière de KC il y a une quinzaine d’années. Il est certain que Vai a de grandes capacités techniques sur sa six-cordes, il l’a prouvé avec Zappa au début de sa carrière. C’est d’ailleurs peut-être à cette occasion que la connexion avec Belew s’est faite et qu’il l’a sollicité pour ce projet Beat.

Quant à Danny Carey, en remplacement de Bill Bruford et de Pat Mastelotto, c’est probablement son jeu sophistiqué derrière les fûts de Tool qui lui a valu de se retrouver aux côtés de ces 3 autres « monstres » de la scène Rock. Il est d’ailleurs considéré comme faisant partie du Top 30 des meilleurs batteurs mondiaux. Il a également collaboré avec Belew il y a une vingtaine d’années pour ses albums « Side One » et « Side Three »

Autant dire qu’il va y avoir du lourd pour cette soirée à l’Olympia. Le Set sera en 2 parties, le premier d’une petite heure et le second d’une heure et quart. Le concert commence avec « Neurotica » du second album de la trilogie 80’s de KC « Beat ». Nos 4 musiciens sont au taquet dès le début et la synergie est parfaite. Adrian chante toujours aussi bien, Steve se concentre sur son jeu car remplacer Mr Fripp n’est pas une mince affaire et c’est autrement plus exigeant que de jouer dans Whitesnake ! Ce qui m’a frappé c’est qu’il a beaucoup maigri depuis que je l’ai vu l’année dernière avec SatchVai au Hellfest et à Guitare En Scène. Son visage est vraiment émacié et il paraît épuisé. Malgré tout il donne le meilleur de lui-même et il forme un duo réussi avec Belew. La section rythmique n’est pas en reste car Tony et Danny forment eux aussi une équipe de choc.

On reste sur le même opus avec l’époustouflant et très technique « Neal And Jack And Me » qui met techniquement les musiciens à rude épreuve. Idem avec « Heartbeat », encore un petit bijou de 1982 qui me rappelle le concert de KC au Zénith en 1995. Tony introduit au Chapman Stick le 4ème extrait de « Beat », « Sartori In Tangier », et Steve délivrera un long solo mémorable à la fin de celui-ci. On aborde maintenant l’album de 1984 « Three Of A Perfect Pair ». Adrian nous explique que certains morceaux de ce dernier opus de la trilogie n’ont jamais été joués sur scène jusqu’à maintenant du fait de l’interruption de la tournée ayant suivi sa sortie pour cause de dissolution du groupe par un « certain musicien »… Il précise avec malice ne pas se souvenir de qui il s’agit mais tout le monde aura compris que c’était alors la décision de Fripp… Et c’est parti pour les 5 morceaux sans doute les plus ardus de la soirée : « Model Man », « Dig Me », « Man With An Open Heart », « Industry » et « Lark’s Tongues In Aspic (Part III) ». Pas faciles d’accès mais toujours très créatifs et qui comblent les fans les plus inconditionnels…

Après 20 minutes d’entracte, Danny monte en premier sur scène et joue sur des toms électroniques posés devant la scène l’intro de « Waiting Man » de « Beat » avant d’être rejoint par Adrian qui se met en face de lui et joue également sur cette mini-batterie. Les 2 autres compères arrivent également et c’est parti pour une montée en puissance tout à fait remarquable. Le quartet enchaîne avec l’excellent et lancinant « The Sheltering Sky » qui va durer un bon moment et qui sera le premier extrait de la soirée du chef-d’œuvre de la trilogie, l’incontournable « Discipline » de 1981. Gros travail de Vai et Belew sur les guitares pendant que Danny et Tony tissent un écrin rythmique tout en finesse qui sublime ce morceau qui reste un de mes préférés de KC. La tension monte d’un cran quand la basse de Mr Levin lance la pulsation vitale du Single « Sleepless » de 1984, extrait de « Three Of A Perfect Pair ». Cette fois-ci c’est à Danny de se déchaîner sur ses toms pour une cérémonie à la limite de la transe. Retour en terrain plus connu avec le très attendu « Frame By Frame » de 1981, son riff de guitare qui tourne en boucle sur les 2 guitares et Adrian qui hurle des « Step By Step » et « In Your Own » comme si sa vie en dépendait. Et le travail à la batterie est une nouvelle fois phénoménal ! Un autre moment très apprécié du public sera la très belle ballade Floydienne « Matte Kudasai » de « Discipline » avant un « Elephant Talk » dantesque que ne renierait pas David Byrne des Talking Heads dont Adrian a également fait partie à l’aube des années 80.

Pas très convaincu par le titre éponyme de « Three Of A Perfect Pair » mais beaucoup plus par « Indiscipline » et la prestation phénoménale de Danny aux baguettes, d’Adrian et ses « I Repeat Myself When Under Stress » déjantés, des guitares qui partent en larsens débridés mais totalement contrôlés et de Tony qui s’acharne sur son instrument de prédilection.

Après un tel moment de folie, le public en veut toujours plus et le quatuor reviendra pour un ultime rappel. Adian, visiblement ému, nous dira qu’il n’est pas près d’oublier ce concert à l’Olympia et lancera un bien Heavy « Red » « en hommage à Robert Fripp et Bill Bruford », seule infidélité à la trilogie puisque ce morceau date de l’album du même nom sorti en 1974, du temps où KC était un trio avec le regretté John Wetton à la basse et au chant.

Beat nous quittera avec un « Thela Hun Ginjeet » de haute tenue qui mettra tout le monde d’accord dans un Olympia totalement conquis.

Quel plaisir de retrouver Adrian et Tony en si bonne forme après toutes ces années de carrière. Et puis le choix de Vai et de Carey pour ce projet était au final très judicieux pour mettre la musique de King Crimson à l’honneur plus de 40 ans plus tard, histoire de faire vivre l’héritage de ce groupe culte…

Merci à AEG