Dead Serious – Interview Exclusive!

Entretien réalisé avec Jay Van Der Poorten (guitare) et Xavier Weekers (Batterie)
Par Drummer Boy


Attention Aux Canards !


Dead Serious est un groupe Belge flamand de Thrash Metal. Sa caractéristique est le Fun puisqu’il met à point d’honneur à ne parler que de sujets légers voire délirants. Il a à son actif un seul et unique album, It’s A Nice Day, initialement sorti en 1991. Nous avons assisté à son grand retour scénique lors de la dernière édition du festival Alcatraz. Cela faisait plus de trente ans que ces joyeux lurons n’avaient pas foulé les planches. Une occasion de nous entretenir avec Jay et Xavier afin d’en savoir plus sur leur parcours…

TvRockLive : Comment présenteriez-vous le groupe ?
Jay : Nous nous sommes formés en 1983 sous le nom Explorer. Nous faisions dans le Speed Metal. Au début 1987, deux membres ont décidé de partir. Il y avait dans notre commune (Zele) un autre groupe du même genre nommé Trial. Nous avons alors décidé d’unir nos efforts. Ainsi est né Dead Serious, qui s’est naturellement orienté vers le Thrash.

TvRockLive : Habituellement, le Thrash se veut sérieux, mais vous avez décidé de jouer la carte de l’humour. Quelle en est la raison ?
Jay : C’est grâce à notre chanteur de l’époque, Armand Tiebout dit « Armando Don Beast », qui a proposé le thème des canards. Il faut voir cela comme une réaction contre les codes que la scène Metal voulait nous imposer. Il fallait soi-disant se montrer sérieux voire méchants. Ça ne nous correspondait pas. Nous avons donc décidé de pratiquer le Metal à notre manière.

Xavier : Je n’étais pas là à l’époque, mais en intégrant le groupe en 2025, j’ai tout de suite compris la signification de notre patronyme…

Jay : Absolument ! Nous ne sommes pas du tout sérieux et revendiquons cet état d’esprit, tout en jouant sérieusement, cela va de soi.

TvRockLive : Derrière l’humour se cache parfois un engagement politique et social, à l’instar d’Anthrax. Dead Serious adopte-t-il la même démarche ?
Jay : Non, rien de tout ça ! Un seul mot d’ordre, prendre du bon temps.

TvRockLive : Je ne sais pas si vous le saviez mais dernièrement, Cavalera a dû annuler sa venue au Hellfest car leur bus de tournée s’est pris un canard en plein pare-brise !
Jay : Non !!? Trop fort ! Nous ne le dirons jamais assez, faites attention aux canards ! (Ndlr : Une référence à l’un des titres du groupes, « Beware Of Ducks »). Voilà une belle idée de chanson.

TvRockLive : Quel souvenir gardes-tu de l’enregistrement de votre unique album ?
Jay : It’s A Nice Day a été mis en boite à la fin 1990. Il était prêt à être édité dans la foulée mais nous étions en contrat avec un Label qui a rapidement fait faillite. Il nous a fallu racheter les droits d’utilisation des bandes Master pour la modique somme de 250 000 francs Belges. C’était une sacrée somme à l’époque ! Nous n’avions que vingt ans mais avons raclé les fonds de tiroirs afin de réunir 50 000 francs chacun. À partir de là, nous nous sommes mis à la recherche d’un nouveau Label que nous avons trouvé en Allemagne, West Virginia Records. L’album est finalement sorti en 1991.

TvRockLive : On ne peut pas dire qu’il soit sorti à la bonne époque puisqu’en 1991, c’était l’avènement du Grunge…
Jay : Effectivement, le Metal était au bord de l’implosion. C’est d’ailleurs pour cette raison que nous avions décidé de changer d’orientation en fusionnant les genres. Il a fallu une bonne décennie avant de revoir le Metal renaître de ses cendres. Mais avec le recul, ce coup de massue a fait du bien à la scène car cela a obligé les groupes à se réinventer. Je suis particulièrement fan du Judas Priest des années 90, avec notamment Jugulator.

TvRockLive : Les 90’s ont également vu émerger le Death Metal. Est-ce qu’à un moment, tu as voulu t’y mettre ?
Jay : Faire du Death ? Jamais ! Je suis avant tout un guitariste attaché à la subtilité, aux détails. Le Death ne permet pas cela. J’ai aussi beaucoup de mal avec les « Growls ». Cela dit j’ai beaucoup de respect pour tous ces chanteurs extrêmes. Ce ne sont que mes goûts personnels.

TvRockLive : Pourquoi Dead Serious a-t-il splitté en 1993 ?
Jay : Tout se passait bien. Nous étions occupés à écrire de nouveaux morceaux, jusqu’à ce que tout s’effondre le jour du décès de notre batteur, Marc Vereecken (dit « Mike Thunderstick »), des suites d’un accident de moto.

TvRockLive : Que pensez-vous de l’album aujourd’hui ?
Xavier : Déjà, je voudrais dire qu’étrangement, je suis né en 1993, l’année de Split du groupe.

Jay
 : C’est un signe !

Xavier : Je le pense effectivement. Je n’ai découvert ce disque qu’à l’âge de douze ans. Comme je n’avais pas assez d’argent pour me payer des CD’s, j’allais en voler chez le disquaire du coin, et le disque de Dead Serious faisait partie du lot (Rire général !) Franchement, j’ai adoré ce que j’ai entendu.

Jay : À noter que l’album a fait l’objet d’une réédition en 2021. Cette nouvelle version a été Remasterisée. Elle est sortie chez Sounds Of Hell Records et comporte des morceaux inédits. Pour répondre à ta question, je pense que les morceaux qui composent l’album tiennent toujours la route. Il n’y a qu’à voir la réaction de notre jeune public qui est à fond avec nous, alors que ces titres ont été écrits il y a près de quarante ans. C’est magique !


TvRockLive : Le public s’est effectivement renouvelé. Vous bénéficiez de ce Revival Thrash né il y a une dizaine d’années…

Jay : C’est clair ! J’ai été vraiment surpris de constater que notre musique préférée, le « Bay Area Thrash », était de nouveau plébiscitée. C’est d’ailleurs dans ce contexte que Gunther (Poppe, dit « Gunny », basse) et moi nous sommes dit : « Pourquoi ne pas réactiver le groupe ? »
C’était le moment ou jamais. Nous avons mis à peu près trois ans pour relancer la machine.

TvRockLive : Quels sont vos projets à présent ?
Xavier : Nous venons de sortir un nouveau Single digital, « Not Dead Not Serious ». Il annonce un prochain album, et je dois dire que je suis très fier de faire partie de l’aventure.

Jay : Ça fait maintenant quelques années que nous tournons avec le vieux répertoire. Ça nous a fait plaisir pendant un temps mais Gunther et moi pensons qu’il serait peu judicieux de nous contenter de vivre sur notre passé car nous ne voulons pas passer pour un « Cover Band ». Notre but à présent de lancer un « Dead Serious 2.0 » qui respectera l’esprit du Thrash de la Bay Area, mais tourné vers l’avenir.

Xavier : Respecter l’esprit d’antan est important pour moi. Lorsque j’ai intégré le groupe, j’ai mis un point d’honneur à respecter les parties de batterie de Marc, et je compte bien insuffler son esprit et son style dans les nouveaux morceaux.

TvRockLive : Par rapport aux années 80, le niveau technique des batteurs est vraiment passé au cap supérieur. Qu’en pensez-vous ?
Xavier : Il est vrai que de nos jours, on n’accepte plus les approximations. Tout doit être joué parfaitement.

Jay : D’un autre côté il ne faut pas minimiser le travail des batteurs des années 80. Certes le niveau général a augmenté mais aujourd’hui, les batteurs sont grandement aidés par la technologie. En ce qui nous concerne, nous préférons ne pas user d’artifices et rester les plus vrais possibles.

TvRockLive : Comment décririez-vous un Show typique de Dead Serious ?
Jay : C’est avant tout de l’humour et de l’interaction avec le public. Un concert est réussi lorsque le public s’amuse autant que les musiciens.

TvRockLive : Quel est pour vous le groupe ultime de Thrash ?
Xavier : Sans hésiter Sacred Reich époque Surf Nicaragua (1988). Je suis en admiration devant leur premier batteur Greg Hall, aux roulement hyper rapides. Marc jouait un peu comme lui et c’est dans cet esprit que j’aime jouer.

Jay : En ce qui me concerne, je suis de l’ancienne garde. Je choisirais donc les premiers albums d’Anthrax ainsi qu’Exodus, dont j’adore le morceau « Toxic Waltz ».

TvRockLive : À présent pouvez-vous dire ce que vous pensez des albums suivants :
• Metallica / Kill ‘Em All (1983) :
Jay : L’album qui a complètement changé la donne. Il y a un avant et un après. Jusque-là, personne ne pratiquait une telle musique. Je me souviendrai toujours du jour où mon meilleur pote, Ivan De Strooper (Guitariste de Dead Serious entre 1987 et 1993) a ramené une cassette démo No Life ‘Til Leather. J’étais subjugué ! C’était si bon que j’avais envie de bazarder ma guitare par la fenêtre.

• Megadeth / Killing Is My Business (1985) : C’est un autre style que j’aime moins. Je suis plutôt fan de la période Marty Friedman.

• DRI/ Crossover (1987) :
Jay : Magnifique ! C’est la fusion telle que nous l’envisageons. Un modèle du genre que Dead Serious a suivi.

• Suicidal Tendencies / Lights… Camera… Revolution… (1990) : Encore une référence ! C’est bien simple, au moment du mixage et du Mastering d’It’s A Nice Day, nous avons dit à l’ingénieur du studio : « Écoute bien cet album de Suicidal. C’est ce son que nous voulons ! »

• Bon Jovi / Slippery When Wet (1986) :
Jay : Je vais te surprendre mais j’adore cet album. Je classe ce groupe dans la famille Metal. Ma palette de goûts est plutôt étendue. C’est tellement bien fait. Comment ne pas aimer ?

• Guns N’ Roses / Appetite For Destruction (1987) :
Jay : Un groupe révolutionnaire pour l’époque. J’ai eu l’occasion de voir ses premiers concerts en Europe pour la tournée « Use your Illusion » car mon ex-femme était fan. Mais je dois avouer que le Rock ‘n’ Roll ne me touche pas. Il en est de même pour Xavier. Nous sommes résolument Metal ! Bon, j’y ai quand même trouvé mon compte car c’était Suicidal qui assurait la première partie (Sourire).

TvRockLive : Un dernier message ?
Jay : J’ai vécu la naissance du Heavy Metal. À l’époque, les choses étaient simples. Aujourd’hui, le style s’est tellement ramifié que les gens se sont sentis obligés de tout ranger dans des cases, ce qui a eu tendance à diviser les fans. Je ne comprends les clivages. Il ne faut pas se limiter à un style. En tout cas en tant que musicien, je ne me suis jamais dit que je devais écrire tel type de musique. Ce genre de démarche est voué à l’échec. Il faut écouter son cœur, c’est la clé de la créativité.